Paul Andreu : l’architecture est un art de la lumière
Dans les méandres de l’architecture contemporaine, il existe des noms qui résonnent avec force et émotion. Parmi eux, celui de Paul Andreu, dont le travail sculptural a redéfini la façon dont l’espace dialogue avec la lumière. La Cité de l’Architecture de Paris a voulu rendre hommage à cet architecte-ingénieur français de renom à travers une exposition exceptionnelle. Elle souligne son approche quasi-poétique de l’architecture comme un art où lumière et structure ne font qu’un.
Paul Andreu, architecte ingénieur aéroportuaire
Paul Andreu, principalement connu pour ses réalisations aéroportuaires révolutionnaires, a fait de la lumière un matériau de construction à part entière. Il est notamment l’emblématique Aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, jusqu’à ces extensions récentes de célèbre Terminal 2E. L’exposition à la Cité de l’Architecture nous plonge au cœur de son œuvre. Ainsi, chaque projet raconte une histoire où la lumière joue le rôle principal.
« Que Roissy 1 soit assimilable à un cheminement initiatique de l’ombre vers la lumière, de la terre dont on se détache après s’être enseveli, jusqu’au ciel interdit d’Icare, je ne l’ai compris vraiment qu’après avoir, pour des raisons toutes logiques à mes yeux et étrangères à mes idées, fixé le concept et le parti architectural de l’ouvrage. »
Paul Andreu, architecte et ingénieur
Les visiteurs sont d’abord accueillis par une scénographie épurée de l’agence NC. Entre totems signalétiques en béton brut et maquettes-sphères suspendues, des croquis et des photographies se répondent. Elles forment un parcours muséal qui retrace les grandes étapes de la carrière d’Andreu.
Sous la direction de la commissaire d’exposition, Stéphanie Quantin-Biancalani, conservatrice en chef du patrimoine de la Cité de l’architecture et du patrimoine, l’œuvre de Paul Andreu devient manifeste. Du Grand Théâtre National de Pékin aux aéroports du monde entier, l’architecte a toujours cherché à créer des espaces où la lumière naturelle s’invite, se fragmente et anime les volumes, dans une quête de l’équilibre parfait entre la fonction et l’esthétique.
Architecture, entre ombre et lumière
Entre ombre et lumière, l’exposition met particulièrement en valeur les verrières conçues par Andreu. Ces grandes surfaces vitrées ne sont pas de simples fenêtres, mais des tableaux vivants où le ciel, les nuages et le soleil sont en perpétuel mouvement. Elles transformeraient n’importe quelle structure en cathédrale moderne, où chaque heure du jour modifie la couleur, l’intensité et l’ambiance de l’espace intérieur.
« De surface, la lumière devient matière : le module d’échanges et la gare TGV de Roissy (1988-1995), puis le hall F de l’aérogare 2 (1988-1999), posent les jalons d’une dématérialisation de l’architecture, entre la structure métallique qui s’affine et les nappes de verre qui diffusent une lumière dense, floue, travaillée comme une matière instable, celle des nuages. »
Stéphanie Quantin-Biancalani, commissaire d’exposition, Cité de l’architecture et du patrimoine
La lumière chez Paul Andreu ne sert pas seulement à éclairer, elle participe à la structure même des bâtiments. Ses créations, telles que l’Aéroport de Roissy, où les célèbres tubes circulaires baignent dans une lumière diffuse, témoignent de sa volonté d’allier technicité et poésie. La lumière devient alors un outil de navigation, une composante essentielle qui guide les voyageurs à travers des espaces fluides et intuitifs.
L’espace des aéroports selon Paul Andreu
À travers l’exposition, on découvre aussi comment Andreu a réinventé l’espace des aéroports, entités souvent considérées comme non-lieux, en îles de luminosité et de transparence. L’accent est mis sur sa capacité à transformer des contraintes pratiques en atouts esthétiques, et à faire de chacun de ses projets une œuvre d’art habitable.
Les émotions suscitées par ses œuvres sont palpables lors de la visite : le dialogue entre la lumière et la matière crée des atmosphères oniriques où chacun peut se perdre, contempler, et se retrouver. La lumière est omniprésente, tantôt directe, tantôt filtrée, modulant l’espace et le temps d’un bout à l’autre de la journée.
Paul Andreu et Louis Clair, concepteur lumière
La première collaboration de Paul Andreu et Louis Clair, concepteur lumière, remonte à la grand arche de la Défense en 1989. C’était pour la mise en lumière de l’architecture contemporaine et du nuage en toile tendue et structures métalliques en-dessous.
En 1999, nouvelle collaboration avec les architectes Paul Andreu et Jean-Michel Fourcade. Le concepteur lumière Louis Clair de Light Cibles a réalisé une étude d’éclairage pour le terminal 2F de Roissy. Le corps central est souligné de manière douce en lumière indirecte. Elle donne l’impression que la voûte en béton est suspendue au-dessus du hall malgré la pesanteur du matériau.
L’arrivée dans la péninsule révèle une atmosphère différente. L’immenses verrières en structure métallique blanche fait 130 m de long, 48 m de large et 18 m de haut. L’éclairage fonctionnel du sol s’effectue en éclairage direct par des projecteurs intensifs placés dans l’épine dorsale de la verrière.
Éclairage public de Roissy-Charles-de-Gaulle
Paul Andreu était aussi designer. Il a notamment dessiné la tête Roissy en association avec l’équipe du fabricant Philips Éclairage en 1974. Sa particularité est une sphère transparente de 60 cm et la technique visible de l’optique en aluminium. Ce luminaire a équipé les voiries pour l’éclairage public de l’aéroport international Paris-Charles-de-Gaulle. L’alcôve de l’exposition, présentant le terminal 1 de Roissy, en présente une version en haut à gauche de cette photo.
« En France, ce luminaire a dans un premier temps été installé par centaines autour de l’Aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, parmi lesquelles des versions avec dôme blanc opale et transparent » explique le site Photozagora sur la lanterne Roissy. « Il a par la suite été installé dans de nombreuses grandes villes et villes de taille moyenne, ce qui en fait un des luminaires décoratifs ayant eu le plus de succès dans le pays […] Les luminaires Roissy étaient fabriqués en France (probablement au sein de l’usine de Miribel de Mazda) et la quasi-totalité des exemplaires produits ont été réservés au marché français. »
Carrière internationale en architecture
L’exposition révèle également l’aspect international et culturellement riche de l’œuvre d’Andreu. Les verrières de l’aéroport de Brunei, les façades de l’Opéra de Pékin, le National Grand Theater, immense vaisseau de verre et de titane, plongé dans un lac artificiel, sont autant d’exemples où la lumière transcende les frontières et devient un langage universel.
La visite se termine sur une note mélancolique mais pleine d’espoir : Paul Andreu nous a quittés en 2018, mais son héritage architectural continue de vibrer dans les structures d’acier et de verre qu’il a érigées. L’exposition, au-delà de célébrer sa vision, nous invite à regarder nos environnements bâtis sous un jour nouveau, à apprécier la lumière non seulement comme une nécessité, mais comme le cœur même de l’expérience architecturale.
Hommage à Paul Andreu et à la lumière
Cet hommage à Paul Andreu né en 1938 à Caudéran dans l’est de Bordeaux, est un voyage émotionnel où la lumière, source de vie, sculpte le temps et l’espace, créant un dialogue poétique entre l’humain et son environnement. La Cité de l’Architecture de Paris, à travers cette exposition lumineuse, offre une fenêtre sur l’âme d’un architecte pour qui architecture était synonyme d’art. Et la lumière était la plus fidèle alliée de ses créations intemporelles.
Catalogue d’exposition sur l’architecture
Paul Andreu : l’architecture est un art
- Sous la direction de : Stéphanie Quantin-Biancalani
- Textes : Florence Allorent, Tadao Ando, Diane Aymard, Laurence Cossé, Albert Dichy, Nadine Eghels Andreu, Françoise Ged, Lisa Mexique, Jean Nouvel, Antoine Picon, Yann Rocher, Nathalie Roseau, Bernard Vaudeville, Zou Qiang.
- 240 pages
- 188 illustrations
- Editeur : Norma éditions
- 42 euros
Infos pratiques sur l’exposition
- Paul Andreu : l’architecture est un art
- Du 14 février au 2 juin 2024
- Cité de l’architecture et du patrimoine
- Ouverte tous les jours
- De 11h à 19h
- Fermé le mardi
- Nocturne le jeudi jusqu’à 21h
- Plein tarif : 9 €
- Tarif réduit : 6 €
Photo en tête de l’article : Grand Théâtre National de Chine, dit « Opéra
de Pékin », Chine (1998-2007), intérieur du hall. Photographie, 20 janvier 2009. © Photo12/Picture Alliance/Construction Photography/Photosh
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Équipe du projet
Lieu
- Cité de l’architecture et du patrimoine
- Paris, France
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